8_Le soleil noir de la mélancolie

El Desdichado_Gérad de Nerval

Et voici l’un des plus attachants, maudit et poète entre tous,  Le desdichado, le déshérité, pauvre fou qui fut retrouvé pendu aux grilles du châtelet un 26 janvier 1855. Il avait écrit la veille à sa tante : « Ne m’attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche ».  Gérard Labrunie, doux mégalomane s’inventant une particule devenue de Nerval. Gérard, grand voyageur,  petit prince condamné à n’être jamais adoubée par sa reine, lui qui ne connut pas sa mère. Gérard nés déshérité, en quête perpétuelle d’un passé qui n’existe pas, et qui connut la vraie démence, celle des internements et des visions de cauchemars.

Gérard qui choisit le rêve et le symbole, l’hermétisme antique et l’ésotérisme héraldique comme voile pudique pour parler de lui et témoigner entre deux crises de folie de sa douleur d’éternel orphelin. 

Car, derrière le mystère, le goût pour  les armoiries, les arcanes du tarot et les références antiques, il y a la vérité du sentiment et de l’état psychique : une voie étroite entre la folie, les songes et le réel où se dessine des images intimes sur un paravent symbolique. Car à chaque ligne  Nerval ne parle que de lui. Et si ce poème ouvre le recueil des chimères,  ces monstres composites et étranges comme la psyché, c’est parce que Gérard va ici tenter d’ouvrir une brèche entre la conscience et le songe, la vie vécue et la vie rêvée pour décrire ces monstres qui l’habite et auxquels il succombera.

Dans ces conditions, Gérard devait naturellement devenir  un maitre pour les surréalistes, Breton en tête,  toujours en quête de l’au-delà de la raison. Mais aussi un  sujet chéri de la psychanalyse, puisque toutes ses œuvres sont nées de rêves ou de rêves éveillés, et tentent d’abolir la ligne ténue qui sépare la vie rêvée du cauchemar du réel.


El desdichado s’inscrit dans la lignée de ce que l’on appel les récits orphiques : ceux qui décrivent une descente aux enfers et son retour. Comme Orphée, Gérard a vu la mort et comme Orphée , il a su la séduire avec sa lyre, « modulant les soupirs de la sainte et les cris de la fée » pour en revenir dépouillé de tout et surtout de l’amour : veuf inconsolé, sa seule étoile est morte. 

Gérard qui ne parle que de lui donc, mais avec une certaine pudeur tout de même que je vais tenter de brièvement éclaircir en ne vous donnant que quelques une des clefs objectives qui résonneront bien pauvrement à coté de leur puissance onirique et mystérieuse  :

Vous y entendrez parler d’un  « prince d’aquitaine »  sans doute Edouard de Woodstock, connu sous le nom de Prince Noir, aux chevauchés de tristes mémoires dans les terres de France, figure de la malédiction qui s’abat dans son absurdité.

Puis Gérard voudrait qu’on lui rende la mer d’Italie et le Pausilipe. Le Pausilipe est une colline de Naples surplombant l’océan et face au Vésuve,  où se tenait  l’aristocratie  romaine et qui depuis 2000 ans et encore aujourd’hui est un haut lieu de la Dolce Vita.

Plus loin il demande à revoir le pampre qui s’allie à la rose. Le pampre est le nom des rameaux de la vigne. Cette treille est celle des antiques jardins mais aussi l’alliance du bois de la connaissance  et de la fleur de la pureté, et plus simplement l’évocation des collines de vigne italienne 

Suis-je amour ou Phébus? 

Amour est le fils de Vénus, déesse de l’amour, Phébus est le nom grec latinisé d’Apollon le dieu de la beauté (et de la poésie) mais aussi de la raison. Gérard foudroyé  de n’être ni aimé, ni raisonnable. Gérard qui s’invente de prestigieuses ascendances : Biron, ami d’Henri 4 qu’il trahit, ce qui lui couta sa tète et Lusignan qui selon la légende épousa la fée Mélusine. Deux amoureux malheureux, deux insatisfaits notoire. Gérard qui hier encore était embrassé par la reine (allusion transparente à sa mère disparue), qui rêve dans la grotte où nage la sirène, peut-être la grotte bleue de Capri.

Gérard qui a traversé deux fois l’Achéron, le Styx, l’antique fleuve grec qui conduit les morts aux enfers. Gérard deux fois interné en 1851 et 1853 dans des crises de démence où il vit peut être pire que la mort, mais dont il revint grâce au pouvoir de la poésie, c’est-à-dire la lyre d’Orphée qui lui permet de chanter comme la sainte et la fée, la mère et la salope, éros et thanatos.

Voici donc , El desdichado de Gérard de Nerval  qui voulait « diriger mon rêve éternelle au lieu de lieu de le subir  alors il est vrai je serai Dieu » et qui en mourut 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 × quatre =