9_En attendant demain m’enivre

Que sont mes amis devenus_Rutebeuf

Grosse marche arrière chronologique, nous voici vers 1250, à l’époque des croisades et de Saint Louis, autant dire pas loin des origines même du concept de poète maudit , avec Rutebeuf, moitié jongleur moitié clerc,  trouvères, qui parmi les premiers passe directement à la première personne et ose chanter son infortune. 

Que sont mes amis devenus?

Qu’est Rutebeuf devenu? On n’en sait pas grand-chose. 

Tirés des Poèmes de l’infortune par Léo Ferré en 1956,  qui taille et modernise le texte, ce pauvre Rutebeuf devient une star des années 60.  Il  aura trouvé dans la secrète nostalgie adolescente des années des copains un écho troublant de Joan Baez, à Nana Mouskouri en passant par Hugues Aufray. 

C’est que l’amitié trahie est un sujet ancien, la dureté de l’existence aussi, mais la chute qu’il  propose nous éloigne de l’angélisme yéyé qui voulait s’accaparer  l’âpreté des mots de Rutebeuf sous le voile du vieux français, au risque de l’edulcorer.  Mais, pus encore que la bise et le froid au cul, c’est la chute qui donne le ton et la hauteur de l’enjeu. Cette chute va sans détour au cœur du sujet: comment surmonter le malheur ?  Elle donne au propos un programme , une vision : celle d’un existentialisme qui s’ignore puisque « l’espérance des lendemains ce sont mes fêtes » . On songe alors à un autre chant sous la lune de la trahison et de l’amitié perdu, un chant où « le corbeau remplace le chant du coq » , un chant où « la lune ouvrira une bière », un chant où « chez moi on t’aime puis on t’oublie, j’tirerai en l’air , j’dirai tant pis », un chant qui se conclut ainsi « en attendant demain m’enivre ».  PNL,  RUTEBEUF : même combat donc 

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